La population musulmane de
France à environ quatre à cinq millions de personnes. Mais, ce qui est évident,
c'est qu'elle constitue, numériquement, la deuxième « communauté » religieuse
en France après la catholique.
Cette « communauté » est
constituée de musulmans de nationalité française et de ceux de nationalités
étrangères. Le premier groupe est formé des rapatriés (harkis) d'Algérie en
1962, des jeunes de la seconde génération et des convertis. Quant au deuxième
groupe, il est constitué d'Africains noirs et d'Asiatiques.
Les harkis, supplétifs de
l'armée française, sont évalués à 400 000 personnes. Ils sont traumatisés et en
difficulté d'insertion. Le chômage les atteint de plein fouet. Cette situation
est ressentie vivement comme une injustice et est à l'origine des mouvements de
révolte qui ont éclaté dans le Sud, surtout parmi les jeunes.
Les jeunes issus de
l'émigration sont majoritairement français, étant donné que le code de la
nationalité leur accorde la nationalité lorsqu'ils atteignent la majorité. Il y
a aussi les enfants nés en Algérie avant 1963, qui sont français puisque
l'Algérie était alors territoire français. Les autres, selon des accords passés
entre leur pays et la
France , peuvent avoir la double nationalité. Il faut ajouter
enfin, quelques milliers de jeunes qui, après plusieurs années de présence sur
le territoire français, ont demandé la nationalité française et l'ont obtenue.
Les convertis sont le
troisième élément de cet ensemble. Ils sont estimés entre environ 50 000 et 400
0000 personnes. Ils appartiennent pour la plupart à des catégories sociales
fort différentes, et sont souvent venus à l'islam par la mystique et
l'érudition. Il sont très insérés dans la vie sociale et économique, souvent à
un très haut niveau.
Les Algériens arrivent au
premier rang (750 000) dans le deuxième groupe. Il sont arrivés en France dès
le début de ce siècle. Il ont continué à affluer après l'indépendance de
l'Algérie, et beaucoup d'entre eux ont acquis la nationalité française. Ils
sont regroupés dans les régions industrielles :Nord, Rhône‑Alpes, Provence
et Ile‑de‑France.
Dans les années soixante,
l'immigration nord‑africaine se diversifie. Les Marocains sont 560 000
personnes. Les Tunisiens, qui commencèrent à gagner la
France vers
1956, sont 230 000. Ces deux catégories sont disséminées, parfois même dans des
régions agricoles. Mais, en général, plus de 45% de maghrébins sont ouvriers
non qualifiés.'
Le deuxième élément de
l'ensemble des musulmans de nationalité étrangère sont les Africains noirs. Les
musulmans de l'Afrique noire viennent du Mali et du Sénégal. Ils sont arrivés
au début du siècle, enrôlés dans l'armée française. Un autre courant
d'immigration se dessine après la
Seconde Guerre mondiale.
Les musulmans noirs font partie d'une population noire installé dans l'Hexagone
et que l'on évalue à plus de 200 000 personnes (170 000 en 1991). Ils sont
concentrés dans la région parisienne où ils occupent des emplois de propreté
urbaine ou vendent de façon ambulante, des objets d'arts africains.
Il y a, enfin, les Turcs
et les Pakistanais. Les premiers sont estimés à environ 160 000 à 200 000. Ils
sont venus en France dans les années 70. Le ministre donne, en 1983, le chiffre
de 144 000 Turcs. Le recensement de 1991 estime leur nombre â 197 712. Les
musulmans turcs sont essentiellement ruraux. Ils travaillent dans l'industrie,
le bâtiment, l'agriculture et le bûcheronnage, et sont regroupés surtout en
Alsace‑Loraine et dans la région Rhône‑Alpes.23
Quant aux Pakistanais,
dont l'immigration ne remonte elle aussi qu'aux années 70, on évalue leur
nombre à 9 000 personnes. 80% d'entre eux vivent en région parisienne, et
occupent surtout des emplois de manutentionnaires.'"
Enfin, Il faut signaler la
présence des musulmans du Proche‑Orient, dont les Egyptiens (6000 y compris 1
500 coptes), les Libanais (35 000 dont 20 000 chrétiens) les Syriens (8 000
dont 2 000 chrétiens), les jordaniens, les Palestiniens, les Saoudiens et les
Yéménites. Ces quatre derniers sont peu nombreux.'"
‑ Les structures
de l'Islam en France
Le premier lieu de culte
musulman en France fut la
Grande Mosquée de
Paris. Il fut construit en reconnaissance de la participation musulmane à la
Première Guerre mondiale,
à la défense de la
France. La gestion
et l'administration de la mosquée furent confiées à une association nommée
Société des Tabous et des Lieux saints de l'Islam présidée par le recteur de la
mosquée. Cet édifice, demeuré le plus important de France, assure aujourd'hui
nombre d'activités. En dehors de sa vocation religieuse, il entend participer à
la diffusion de la culture et de la tradition musulmane. Il est ainsi doté,
outre la salle de prière, d'une bibliothèque et d'une salle de conférences, il
dispense des cours d'arabe et d'exégèse coranique, et organise des visites
guidées. Un service social vient en aide aux déshérités et permet des
rencontres de réflexion et d'échanges. Un département juridique se charge des
célébrations religieuses (mariage, décès) et des consultations théologiques.
A côté de la
Mosquée de Paris
qui prétend à une représentation des musulmans beaucoup plus symbolique que
réelle, se sont multipliées, depuis les années 80, des associations de petite
et de grande taille, lesquelles aspirent elles aussi à la représentativité. En
effet, c'est la loi du 19 décembre 1981, autorisant les étrangers à utiliser le
système associatif français, donc la loi de 1901, quia permis la prolifération
des associations islamique en France.
Depuis cette année, on a
assisté à la mise en place d'un tissu associatif très dense. Il est impossible
de citer ici toutes les associations qui ont été créées depuis cette date.
Cependant, par‑delà le caractère «monumental »des chiffres, souvent
manipulés à des fins
politique, l'ensemble des ces associations est fédéré en cinq ou six grandes confédérations :
Fédération nationale des musulmans de France ; l'Union des organisations
islamiques en France ; L'union islamique de France ; l'Union des travailleurs
musulmans de France; le Groupement islamique de France; l'Association des
étudiants islamiques en France.
Ces différents lieux
d'encadrement reflètent, en fait, une « communauté » éclatée par le fait des
origines différentes, des tendances qui cohabitent au sein de l'Islam, mais
aussi par le fait de l'absence d'une hiérarchie représentative de l'ensemble
des musulmans. Toutes les tentatives menées pour remédier à cette situation
d'éclatement ont échoué.
L'initiative de Si Hamza
Boubakeur, recteur de la
Mosquée de
Paris, qui, en 1981, tenta de mettre sur pied un « Conseil supérieur des
affaires islamiques en France » avorta. De nombreuses associations refusèrent
de suivre le recteur.
En 1984, par opposition à la
Mosquée de
Paris, se créa un « Consistoire islamique de France ». Son bureau était composé
exclusivement de musulmanes de nationalité française. Mais l'initiative n'eut
aucune suite, et demeura marginale.
Depuis 1985, deux
tentatives de regroupement virent le jour. La première fut sous la houlette de
cheikh Abbas, recteur de la
Mosquée de
Paris. En effet, la
Mosquée prit
l'initiative d'organiser, autour de lui, un Rassemblent en vue de mettre en
place un « Rassemblement islamique ». Mais, la tentative connut le même sort
que les précédentes.
Dénonçant la volonté
d'hégémonie de la
Mosquée de
Paris, plusieurs associations se réunirent, le 26 octobre 1985, et décidèrent
de créer une fédération. Celle-ci vit le jour sous le nom de Fédération
nationale des musulmans de France. Mais les détracteurs de cette initiative
l'accusèrent d'être une émanation de la
Ligue islamique
mondiale. Et la tentative échoua comme les précédentes.
Il faut noter, enfin,
l'initiative de regroupement qui émane, en 1989, cette fois‑ci, du pouvoir
politique. En effet, après le décès du cheikh Abbas et son remplacement par
Tedjani Haddam, un Comité d'organisation des Musulmans de France fut mis en
place, pour essayer d'obtenir la reconnaissance légitime des autorités
publiques. Pierre Joxe, ministre de l'Intérieur à cette époque, entama le
processus, en nommant un « Conseil de réflexion sur l'Islam en France ». Cet
organisme, appelé C©RIF, se donna pour mission de représenter les musulmans
auprès des autorités françaises. Mais il fit l'objet de beaucoup de critiques,
et est sur le point d'être abandonné. Le nouveau recteur de la
Mosquée , Dalil Boubaker, semble opter pour la constitution
d'une Fédération des associations cultuelles musulmanes françaises sur le
modèle consistorial juif et protestant pour la gestion des lieux de culte, de
la catéchèse, de la viande hallal, de la mort, des conflits de droit, etc.
L'Islam en France est une
réalité plurielle en pleine mutation. Comme tous leurs coreligionnaires, les
musulmans en France sont confrontés aux grandes questions et bouleversements de
notre temps. Leur positionnement dans le champ politique et social reflète les
courants qui les traversent. Ainsi, l'islam des adultes de la première
génération d'immigrés n'est pas celui de la deuxième génération, acculturés
dans la culture française, ni celui des étudiants. Ces « Islams » sont
l'expression d'une diversité des courants qui traversent l'Islam en France. Ces
courants sont, pour la plupart, fustigés et dénoncés depuis quelques années par
la presse, comme les « éminences grises » de l'Islam en France. Nous en
parlons, succinctement, dans les paragraphes qui suivent.
Le premier courant est le
Wahhabisme. Il est né en Arabie au XVIIIè siècle. Il prône une interprétation
rigoureuse du Texte sacré, et s'attaque à tout ce qu'il considère comme
innovations blâmables, telles les confréries, le culte des saints, la
vénération de leur tombeau. Pour les disciples de ce courant, le modèle de
l'Islam originel, celui de Médine, demeure la référence pour construire une
société conforme aux préceptes de l'islam.
Il est appliqué
rigoureusement en Arabie Saoudite, lieu de sa naissance. La puissante Ligue
islamique mondiale, financée principalement par l'Arabie Saoudite, est
considérée comme le porte‑drapeau de ce courant. En France, le bureau de la
Ligue aide les
musulmans pour le financement et la construction de beaucoup de mosquées et de
centres culturels islamiques. C'est par ces biais qu'il entend propager sa
lecture rigoriste de l'islam. Un deuxième courant, se distinguant
par son activisme, est la Jama'at at‑Tabligh.2' La Juma'at fut fondée en
Inde, où elle se consacre à l'enseignement et à l'approfondissement de l'islam
au sein des milieux pauvres. Elle est constituée de prédicateurs qui sillonnent
le monde pour tracer le chemin de Dieu et appellent les musulmans aux pratiques
de l'islam et à la fortification de leur foi.
Elle a été établie en
France en 1972, sous le nom « Foi et
Pratique ». D'après son
statut, elle entend « procurer ù
ses adhérents les facilités de pratiquer la religion et d'observer les bonnes
meurs islamiques, [...], de dissiper les malentendus concernant la religion
islamique, et de collaborer avec les autres dans le même but.
Les musulmans appartenant
à la lama'at cherchent l'approfondissement de
leur spiritualité. Ils mènent leurs activités aussi bien dans les mosquées
qu'ils gèrent, que dans les autres lieux de prière. Mais ils prêchent aussi
dans les cafés et les commerces fréquentés par les musulmans, en les appelants
à retrouver le chemin de la pratique de l'islam.
Parallèlement à ces deux
mouvements, il y a un autre « courant » qui fait de l'islam une autre lecture,
et cherche son harmonisation avec la vie moderne. Minoritaire, mais très actif
par sa production scientifique, il est composé d'intellectuels, de chercheurs,
de responsables religieux. Ce « courant », opposé vigoureusement aux thèses des
islamistes, cherche à rouvrir.
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