lundi 19 août 2013

L'ISLAM DANS L'IMAGINAIRE OCCIDENTAL


La population musulmane de France à environ quatre à cinq millions de personnes. Mais, ce qui est évident, c'est qu'elle constitue, numériquement, la deuxième « communauté » religieuse en France après la catholique.

Cette « communauté » est constituée de musulmans de nationalité française et de ceux de nationalités étrangères. Le premier groupe est formé des rapatriés (harkis) d'Algérie en 1962, des jeunes de la seconde génération et des convertis. Quant au deuxième groupe, il est constitué d'Africains noirs et d'Asiatiques.

Les harkis, supplétifs de l'armée française, sont évalués à 400 000 personnes. Ils sont traumatisés et en difficulté d'insertion. Le chômage les atteint de plein fouet. Cette situation est ressentie vivement comme une injustice et est à l'origine des mouvements de révolte qui ont éclaté dans le Sud, surtout parmi les jeunes.

Les jeunes issus de l'émigration sont majoritairement français, étant donné que le code de la nationalité leur accorde la nationalité lorsqu'ils atteignent la majorité. Il y a aussi les enfants nés en Algérie avant 1963, qui sont français puisque l'Algérie était alors territoire français. Les autres, selon des accords passés entre leur pays et la France, peuvent avoir la double nationalité. Il faut ajouter enfin, quelques milliers de jeunes qui, après plusieurs années de présence sur le territoire français, ont demandé la nationalité française et l'ont obtenue.

Les convertis sont le troisième élément de cet ensemble. Ils sont estimés entre environ 50 000 et 400 0000 personnes. Ils appartiennent pour la plupart à des catégories sociales fort différentes, et sont souvent venus à l'islam par la mystique et l'érudition. Il sont très insérés dans la vie sociale et économique, souvent à un très haut niveau.

Les Algériens arrivent au premier rang (750 000) dans le deuxième groupe. Il sont arrivés en France dès le début de ce siècle. Il ont continué à affluer après l'indépendance de l'Algérie, et beaucoup d'entre eux ont acquis la nationalité française. Ils sont regroupés dans les régions industrielles :Nord, Rhône‑Alpes, Provence et Ile‑de‑France.

Dans les années soixante, l'immigration nord‑africaine se diversifie. Les Marocains sont 560 000 personnes. Les Tunisiens, qui commencèrent à gagner la France vers 1956, sont 230 000. Ces deux catégories sont disséminées, parfois même dans des régions agricoles. Mais, en général, plus de 45% de maghrébins sont ouvriers non qualifiés.'

Le deuxième élément de l'ensemble des musulmans de nationalité étrangère sont les Africains noirs. Les musulmans de l'Afrique noire viennent du Mali et du Sénégal. Ils sont arrivés au début du siècle, enrôlés dans l'armée française. Un autre courant d'immigration se dessine après la Seconde Guerre mondiale. Les musulmans noirs font partie d'une population noire installé dans l'Hexagone et que l'on évalue à plus de 200 000 personnes (170 000 en 1991). Ils sont concentrés dans la région parisienne où ils occupent des emplois de propreté urbaine ou vendent de façon ambulante, des objets d'arts africains.

Il y a, enfin, les Turcs et les Pakistanais. Les premiers sont estimés à environ 160 000 à 200 000. Ils sont venus en France dans les années 70. Le ministre donne, en 1983, le chiffre de 144 000 Turcs. Le recensement de 1991 estime leur nombre â 197 712. Les musulmans turcs sont essentiellement ruraux. Ils travaillent dans l'industrie, le bâtiment, l'agriculture et le bûcheronnage, et sont regroupés surtout en Alsace‑Loraine et dans la région Rhône‑Alpes.23

Quant aux Pakistanais, dont l'immigration ne remonte elle aussi qu'aux années 70, on évalue leur nombre à 9 000 personnes. 80% d'entre eux vivent en région parisienne, et occupent surtout des emplois de manutentionnaires.'"

Enfin, Il faut signaler la présence des musulmans du Proche‑Orient, dont les Egyptiens (6000 y compris 1 500 coptes), les Libanais (35 000 dont 20 000 chrétiens) les Syriens (8 000 dont 2 000 chrétiens), les jordaniens, les Palestiniens, les Saoudiens et les Yéménites. Ces quatre derniers sont peu nombreux.'"

‑ Les structures de l'Islam en France

Le premier lieu de culte musulman en France fut la Grande Mosquée de Paris. Il fut construit en reconnaissance de la participation musulmane à la Première Guerre mondiale, à la défense de la France. La gestion et l'administration de la mosquée furent confiées à une association nommée Société des Tabous et des Lieux saints de l'Islam présidée par le recteur de la mosquée. Cet édifice, demeuré le plus important de France, assure aujourd'hui nombre d'activités. En dehors de sa vocation religieuse, il entend participer à la diffusion de la culture et de la tradition musulmane. Il est ainsi doté, outre la salle de prière, d'une bibliothèque et d'une salle de conférences, il dispense des cours d'arabe et d'exégèse coranique, et organise des visites guidées. Un service social vient en aide aux déshérités et permet des rencontres de réflexion et d'échanges. Un département juridique se charge des célébrations religieuses (mariage, décès) et des consultations théologiques.

A côté de la Mosquée de Paris qui prétend à une représentation des musulmans beaucoup plus symbolique que réelle, se sont multipliées, depuis les années 80, des associations de petite et de grande taille, lesquelles aspirent elles aussi à la représentativité. En effet, c'est la loi du 19 décembre 1981, autorisant les étrangers à utiliser le système associatif français, donc la loi de 1901, quia permis la prolifération des associations islamique en France.

Depuis cette année, on a assisté à la mise en place d'un tissu associatif très dense. Il est impossible de citer ici toutes les associations qui ont été créées depuis cette date. Cependant, par‑delà le caractère «monumental »des chiffres, souvent
manipulés à des fins politique, l'ensemble des ces associations est fédéré en cinq ou six grandes confédérations : Fédération nationale des musulmans de France ; l'Union des organisations islamiques en France ; L'union islamique de France ; l'Union des travailleurs musulmans de France; le Groupement islamique de France; l'Association des étudiants islamiques en France.

Ces différents lieux d'encadrement reflètent, en fait, une « communauté » éclatée par le fait des origines différentes, des tendances qui cohabitent au sein de l'Islam, mais aussi par le fait de l'absence d'une hiérarchie représentative de l'ensemble des musulmans. Toutes les tentatives menées pour remédier à cette situation d'éclatement ont échoué.

L'initiative de Si Hamza Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, qui, en 1981, tenta de mettre sur pied un « Conseil supérieur des affaires islamiques en France » avorta. De nombreuses associations refusèrent de suivre le recteur.

En 1984, par opposition à la Mosquée de Paris, se créa un « Consistoire islamique de France ». Son bureau était composé exclusivement de musulmanes de nationalité française. Mais l'initiative n'eut aucune suite, et demeura marginale.

Depuis 1985, deux tentatives de regroupement virent le jour. La première fut sous la houlette de cheikh Abbas, recteur de la Mosquée de Paris. En effet, la Mosquée prit l'initiative d'organiser, autour de lui, un Rassemblent en vue de mettre en place un « Rassemblement islamique ». Mais, la tentative connut le même sort que les précédentes.

Dénonçant la volonté d'hégémonie de la Mosquée de Paris, plusieurs associations se réunirent, le 26 octobre 1985, et décidèrent de créer une fédération. Celle-ci vit le jour sous le nom de Fédération nationale des musulmans de France. Mais les détracteurs de cette initiative l'accusèrent d'être une émanation de la Ligue islamique mondiale. Et la tentative échoua comme les précédentes.

Il faut noter, enfin, l'initiative de regroupement qui émane, en 1989, cette fois‑ci, du pouvoir politique. En effet, après le décès du cheikh Abbas et son remplacement par Tedjani Haddam, un Comité d'organisation des Musulmans de France fut mis en place, pour essayer d'obtenir la reconnaissance légitime des autorités publiques. Pierre Joxe, ministre de l'Intérieur à cette époque, entama le processus, en nommant un « Conseil de réflexion sur l'Islam en France ». Cet organisme, appelé C©RIF, se donna pour mission de représenter les musulmans auprès des autorités françaises. Mais il fit l'objet de beaucoup de critiques, et est sur le point d'être abandonné. Le nouveau recteur de la Mosquée, Dalil Boubaker, semble opter pour la constitution d'une Fédération des associations cultuelles musulmanes françaises sur le modèle consistorial juif et protestant pour la gestion des lieux de culte, de la catéchèse, de la viande hallal, de la mort, des conflits de droit, etc.

L'Islam en France est une réalité plurielle en pleine mutation. Comme tous leurs coreligionnaires, les musulmans en France sont confrontés aux grandes questions et bouleversements de notre temps. Leur positionnement dans le champ politique et social reflète les courants qui les traversent. Ainsi, l'islam des adultes de la première génération d'immigrés n'est pas celui de la deuxième génération, acculturés dans la culture française, ni celui des étudiants. Ces « Islams » sont l'expression d'une diversité des courants qui traversent l'Islam en France. Ces courants sont, pour la plupart, fustigés et dénoncés depuis quelques années par la presse, comme les « éminences grises » de l'Islam en France. Nous en parlons, succinctement, dans les paragraphes qui suivent.

Le premier courant est le Wahhabisme. Il est né en Arabie au XVIIIè siècle. Il prône une interprétation rigoureuse du Texte sacré, et s'attaque à tout ce qu'il considère comme innovations blâmables, telles les confréries, le culte des saints, la vénération de leur tombeau. Pour les disciples de ce courant, le modèle de l'Islam originel, celui de Médine, demeure la référence pour construire une société conforme aux préceptes de l'islam.

Il est appliqué rigoureusement en Arabie Saoudite, lieu de sa naissance. La puissante Ligue islamique mondiale, financée principalement par l'Arabie Saoudite, est considérée comme le porte‑drapeau de ce courant. En France, le bureau de la Ligue aide les musulmans pour le financement et la construction de beaucoup de mosquées et de centres culturels islamiques. C'est par ces biais qu'il entend propager sa lecture rigoriste de l'islam. Un deuxième courant, se distinguant par son activisme, est la Jama'at at‑Tabligh.2' La Juma'at fut fondée en Inde, où elle se consacre à l'enseignement et à l'approfondissement de l'islam au sein des milieux pauvres. Elle est constituée de prédicateurs qui sillonnent le monde pour tracer le chemin de Dieu et appellent les musulmans aux pratiques de l'islam et à la fortification de leur foi.

Elle a été établie en France en 1972, sous le nom « Foi et Pratique ». D'après son statut, elle entend « procurer ù ses adhérents les facilités de pratiquer la religion et d'observer les bonnes meurs islamiques, [...], de dissiper les malentendus concernant la religion islamique, et de collaborer avec les autres dans le même but.

Les musulmans appartenant à la lama'at cherchent l'approfondissement de leur spiritualité. Ils mènent leurs activités aussi bien dans les mosquées qu'ils gèrent, que dans les autres lieux de prière. Mais ils prêchent aussi dans les cafés et les commerces fréquentés par les musulmans, en les appelants à retrouver le chemin de la pratique de l'islam.

Parallèlement à ces deux mouvements, il y a un autre « courant » qui fait de l'islam une autre lecture, et cherche son harmonisation avec la vie moderne. Minoritaire, mais très actif par sa production scientifique, il est composé d'intellectuels, de chercheurs, de responsables religieux. Ce « courant », opposé vigoureusement aux thèses des islamistes, cherche à rouvrir.

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