Depuis
1996, selon une directive européenne, une entreprise établie dans
un pays de l’Union Européenne peut détacher des travailleurs dans
un autre Etat de l’UE pour y fournir un service pendant une période
limitée. Dans ce cas l’entreprise étrangère peut appliquer les
règles de son pays d’origine, sauf en ce qui concerne un noyau dur
de règles protectrices clairement définies pour lesquelles
s’applique le droit du travail du pays d’accueil,notamment les
règles salariales.
L’application
de cette directive ne fonctionne pas pour au moins trois raisons :
- Conçue avant l’élargissement à l’Est, dans une situation ou les écarts de conditions sociales étaient acceptables, la directive n’est plus en état de jouer son rôle de protection dans un espace ouvert peu harmonisé
- Conçue avant l’élargissement à l’Est, dans une situation ou les écarts de conditions sociales étaient acceptables, la directive n’est plus en état de jouer son rôle de protection dans un espace ouvert peu harmonisé
- Conçue initialement pour des métiers techniques spécialisés et qualifiés n’existant pas sur place, la directive s’étend désormais aux emplois non qualifiés, particulièrement dans le bâtiment et la restauration.
- - Conçue pour une période temporaire courte, la pratique montre des périodes de détachement très longue notamment sur les grands chantiers.
En
plus de ces défauts de conception, la Cour de justice s’est lancée
dans une interprétation de plus en plus libérale. Elle a autorisé
par exemple en 2008, une entreprise de construction polonaise à
payer ses ouvriers détachés en Basse-Saxe moitié moins que le
salaire minimum en vigueur dans le secteur du bâtiment du Land, sous
prétexte qu’il ne s’agissait pas d’un SMIC national.
Comme
l’on montré les rapports parlementaires Savary et Bocquet, des
situations proches de l’esclavagisme moderne se sont développées
sur le territoire national en dépit des alertes répétées des
organisations syndicales confrontées aux plaintes des salariés
étrangers et français et à la montée des tensions entre ouvriers,
susceptibles d’ouvrir la voie à tous les dérapages.
Désormais en France, tout le monde reconnaît que 350 000 travailleurs sont dans une situation de surexploitation, générant sur le territoire national un dumping social quasi généralisé notamment dans le bâtiment.
Désormais en France, tout le monde reconnaît que 350 000 travailleurs sont dans une situation de surexploitation, générant sur le territoire national un dumping social quasi généralisé notamment dans le bâtiment.
L’extrême-droite
profite de ce désordre pour remettre en cause le principe général
de libre circulation des travailleurs en se trompant de cible. En
l’occurrence en effet, la question n’est pas celle de libre
circulation, mais celle de la libéralisation de la prestation de
service et de la concurrence déloyale qui peut en découler. Pour
preuve, des entreprises de travail temporaire luxembourgeoises, sans
activité réelle sur ce territoire, recrutent aujourd’hui des
travailleurs français affiliés au régime local avant de les
détacher vers une société française.
Pour améliorer la directive de 1996, les gouvernements français allemands, belges et italiens veulent renforcer les contrôles dés qu’il y a présomption de fraude et proposent que chaque pays puisse fixer lui-même les documents nécessaires que l’ont peut exiger d’une entreprise détachant des travailleurs. De manière plus volontariste encore, Paris plaide pour la responsabilité solidaire du donneur d’ordre et des sous-traitants. Un jugement très récent en France vient d’ailleurs de condamner une entreprise du bâtiment en tant que maître d’ouvrage.
Cependant, compte tenu des rapports de force en Europe et des tropismes libéraux de la Commission, il y a a peu de chances que le projet français aboutisse ou alors dans une version édulcorée, la seule à laquelle Pologne pourrait se rallier.
Pour améliorer la directive de 1996, les gouvernements français allemands, belges et italiens veulent renforcer les contrôles dés qu’il y a présomption de fraude et proposent que chaque pays puisse fixer lui-même les documents nécessaires que l’ont peut exiger d’une entreprise détachant des travailleurs. De manière plus volontariste encore, Paris plaide pour la responsabilité solidaire du donneur d’ordre et des sous-traitants. Un jugement très récent en France vient d’ailleurs de condamner une entreprise du bâtiment en tant que maître d’ouvrage.
Cependant, compte tenu des rapports de force en Europe et des tropismes libéraux de la Commission, il y a a peu de chances que le projet français aboutisse ou alors dans une version édulcorée, la seule à laquelle Pologne pourrait se rallier.
L’alternative
est claire. Si l’Europe ne protège pas ses citoyens et les
salariés, le devoir des Etats est d’agir sans attendre. D’ores
et déjà, un plan « B » est en cours de rédaction à l’initiative
de Gilles Savary. Nous enrichirons ce texte lorsqu’il viendra en
discussion à l’Assemblée Nationale. Mais au delà de ce dossier
précis nous voyons bien la nécessité de remettre l’Europe sur
ses pieds en partant des nations et des intérêts du plus grand
nombre. Gageons que nous en reparlerons à l’occasion des élections
européennes de Juin.
09/12/2013
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