jeudi 11 avril 2013

Dialectique entre alternance et continuité


Au siècle de la communication, c’est communiquer qu’est le plus difficile, crise du politique, je crois à une crise de la chaleur humaine, du sentiment de compagnonnage. Je crois à un refroidissement du champ social, c’est la fin d’une civilisation et le début d’une révolte. Mais que d’attention il faut pour aller au-delà ; pour rencontrer, écouter, dialoguer, pour briser le mur, la coquille dans laquelle la démocratie n’est pas seulement dans la réunion électorale et dans le vote, qu’elle est dans l’écoute attentive qu’est la fin du mépris, dans la confidence discrète, le rêve a haute voix, la révolte exprimée qui marque la fin de la solitude.

Au-delà de la démocratie formelle, il nous faut inventer le mode d’expression des attentes et des refus. Sans cela les responsables risquent bientôt de devenir, ils deviennent étrangers à ceux là mêmes qu’ils prétendent gouverner ou représenter.

Combien de bouteilles un navigateur solitaire est il capable de jeter à la mer sans trouver bientôt son geste dérisoire ? J’ai peur de sortir de mes propres états d’âmes. Un homme peu il aujourd’hui enrichir sa pensée de la lecture de livres et de périodiques, des notes d’experts, de réflexions personnelles ? N’a-t- il pas besoin de rencontres moins formelles.

Je préfère le tailleur de pierre  qui maitrise son art à l’architecte qui s’essouffle en œuvres qui le dépassent. J’admire la relation que nous avons aux temps ce que chacun y mets car il n'est ni cadre, ni rythme, ni un flux continu dont nous nous servons à force d'opportunités saisies ou crées. Le font communique par incantation ou par osmose … Avoir un sens de l’Etat, une certaine conception de la politique, il nous faut bien faire ce que nous avons à faire.

C’est l’occasion de défendre l’action du gouvernement hollande et de contribuer à une nouvelle définition de ce que nous voulions faire et être. A gauche toute, il faut ensemble gérer cette majorité nouvelle pour démonter que la gauche passe en France pour légitime et la droite pas…

N’oublions pas la rivalité qui oppose en France la droite et la gauche la droite était légitime, la gauche ne l’était pas. Pour la première fois, elle le devenait et il fallait ensemble gérer cet équilibre nouveau. Pour démontrer que la droite passe en France pour légitime et la gauche pas, on peut se livrer à une longue étude historique et démontrer que des avant la révolution, et depuis sans désemparer, le conservateur a su prendre, aux yeux d’un peuple peu enclin à changer, les allures du bon père de famille, alors que le réformiste passait pour le fils prodige, les premiers incarnant l’ordre, le second la subversion ; les premiers Dieu, le Roy et l’Etat, le second ce mythe inexistant qu’on appelle le peuple ou, plus prétentieusement, la nation.

Prenons le plus modeste des dictionnaires, « droite » y est magnifié « gauche » villepindé « L’élu est assis à la droite de dieu, comme dans un diner en ville l’hôte d’honneur est assis à la droite de la maitresse de maison, l’homme habile est dit adroit, la sincérité et l’honnêteté s’appellent droiture.

Ce qui est légitimes devient un droit et la plus belle conquête n’est pas le cheval, ce sont les droits de l’homme. Cette unique syllabe sonne clair aux oreilles de tous, les quelques lettres qui l’expriment marquent de leur sceau le bien penser et le bien faire.

Pauvre gauche ! Elle désigne le maladroit à moins que, retrouvant son équivalent en latin, elle désigne comme sinistre «  celui » qui fait craindre le malheur, une catastrophe. » Comme nous l’indique le petit Robert. Le mauvais payeur est endetté jusqu'à la gauche, le malhonnête homme met de l’argent à gauche et, chez nous, stationner à gauche est passible de contravention. Et quand la mort frappe, chacun »passe l’arme à gauche » Quand une pièce de bois se déforme, elle gauchit.
Cet exercice sémantique a beau n’être qu’un jeu, on ne peut s’empêcher de penser que, peu ou prou, le mot entraine le sens et que, consciemment ou inconsciemment, pour chacun d’entre nous, la droite est bonne, la gauche l’est moins. N’a-t-on pas attendu les dernières révolutions pédagogiques pour autoriser les enfants à écrire de la main gauche et l’attirail de nos commodités quotidiennes n’est il pas fait pour les droitiers, dans le mépris des gauchers ?

La France politique est devenue ambidextre puisque la gauche qu’elle était adroite dans l’art de gouverner. Depuis 1981, chacun sait que la droite et la gauche alterneront au pouvoir et que, partant à la tête de l’Etat des valeurs et des priorités proclamées contradictoires, elles devront par respect pour l’Etat et la nation , et dans le respect de l’un et de l’autre, assumer la continuité dans une utile alternance.

François Mitterrand a ouvert a ouvert une ère ou la gauche fait moins progresser ses idées par la revendication ou par ses actions de commando par une action gouvernementale inscrite dans la durée. Ne critique pas aujourd’hui ce que tu seras amené à faire demain, et celui qui au gouvernement aujourd’hui ne peut ignorer qu’il sera dans l’opposition demain. Ne fais pas aujourd’hui à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse demain.

La politique art des couloirs et non de la tribune, tactique des congrès et non stratégies de l’histoire, domaine des habiles et non des imaginatifs, consacrer ses talents ou ils peuvent être utiles et pas forcément objectivement susceptible de plaire. Eviter d’enfermer les reformes du système, cela nécessite l’ouverture, qui aura une chance d’être résolut et de trouver de véritables pistes.

Manuel Valls sait-il que la France a voté le 6 mai 2012 ? Et qu’elle a voté majoritairement pour que le changement, ce soit maintenant ? Notamment pour les moins considérés et les plus démunis : les jeunes qui ne seraient plus victimes de contrôles au faciès, les musulmans qui ne seraient plus assimilés au terrorisme, les Roms qui ne seraient plus stigmatisés, les immigrés dont le vote local serait reconnu. Piétinant ces promesses de François Hollande sans être rappelé à l’ordre, le ministre de l’intérieur frappe le nouveau pouvoir d’une marque indélébile, et si l'on ne veut pas que le mot «socialisme» devienne sous peu définitivement inutilisable dans notre langue, il faut dès maintenant changer de cap. C’est l’occasion de défendre l’action du gouvernement hollande et de contribuer à une nouvelle définition de ce que nous voulions faire et être. A gauche toute, il faut ensemble gérer cette majorité nouvelle pour démonter que la gauche passe en France pour légitime et la droite pas…

"« La France se doit d’être exemplaire en matière de droits et libertés ou doit renoncer à être elle-même », clamait Robert Badinter en 1981. C’est cette considération qui a guidé son combat contre la peine de mort, tout comme son implication en faveur de la ratification par la France de la Convention européenne des droits de l’homme. 

La France est une histoire, elle est un territoire à défendre, un peuple qui a le génie du grand mais est constamment tenté de l’attrait du médiocre. Elle est composée d’individus qui ont perdu le sens du devoir, celui de l’héroïsme et qu’il faut à tout moment  rappeler, rassembler, mobiliser, qu’il faut guérir de leurs division capable d’être le plus grand et pourtant de se perdre. Un peuple qui ne s’accomplit pas de lui-même, que seul l’état, un souverain, un rassembleur peuvent conduire à s’accomplir. Une nation qui fait naitre en son sein de grandes figures, comme pour qu’elles les rendent capable d’accomplir son grand destin.

Un peuple à l’équilibre fragile et qui n’a pas naturellement cette vision du monde dont il aurait pourtant besoin de réaliser ce grand œuvre que ses capacités mêmes le rendent capable de percevoir et d’affronter les risques qu’elle comporte. Un peuple qu’il faut encadrer par des institutions fortes et des pratiques politiques exigeantes, capable du meilleur et du pire et dont les responsables doivent éviter les écarts. Une nation qui est grande que dans son dialogue avec le pouvoir. Garantir l’unité et corriger les inégalités et faire s’épanouir la liberté qui le plus grands des biens.





 Rached Tombari
 Sociologue

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